«Au pied du mur». Une voix de l’intérieur de l’Etat hébreu qui refuse le sort fait aux Palestiniens. Le nouveau livre de Michel Warschawski, écrivain et journaliste israélien, rassemble les chroniques qu’il a écrites pour Siné Hebdo. Pendant 67 semaines, depuis Jérusalem, ce militant des droits de l’homme a livré chaque semaine à l’hebdomadaire satirique français son récit de la réalité quotidienne de la colonisation des territoires palestiniens entreprise par Israël.
Né en France, à Strasbourg, fils de l’ex Grand-Rabbin du Bas-Rhin, Michel Warschawski a choisi sa ville natale – où il a vécu jusqu’à l’âge de 16 ans – pour débuter une longue tournée dans l’Hexagone afin de mener campagne en faveur du «Boycott Desinvestissement Sanction». Dans «Au pied du mur. De notre correspondant à Jérusalem», recueil de ses chroniques qui vient tout juste de paraître aux éditions Syllepse, celui que l’on a baptisé Mikado donne le ton dès la première ligne: «Le processus de paix ? Du vent!».
Pas question en effet, pour le président du Centre d’Information Alternative (AIC) de Jérusalem, de se gargariser comme tant d’éditorialistes couvrant le Proche-Orient avec ce fameux et fumeux «processus de paix». Tout bonnement parce qu’il «est tout le contraire d’une réalité; c’est du vent, du virtuel, certains diraient de la propagande». Pas question non plus pour autant de céder à la désespérance. Sans doute parce que, avancent, dans leur préface, les co-présidents de l’Union juive française pour la Paix, Michèle Sibony et André Rosevègue, «Michel Warschawski souffre de la même maladie que les Palestiniens, l’espoir, comme l’écrivait Mahmoud Darwich, le poète national»… ENTRETIEN.
CLAUDINE GIROD/STRASBOURG
Article publié dans Le Courrier, quotidien suisse indépendant basé à Genève dans l’édition du 17/01/2011
Pourquoi vous êtes-vous engagé aux côtés de Siné au moment de son limogeage de Charlie Hebdo par Philippe Val?
Siné n’est pas antisémite, un point c’est tout. Je devais comme Juif et comme Israélien le dire haut et fort. C’est donc, sans hésitation aucune, lorsque avec d’autres anciens de Charlie Hebdo, Catherine et Siné décidèrent de créer Siné Hebdo que je répondis tout de suite présent et que je suis devenu chroniqueur pour ce titre de septembre 2008 à avril 2010.
Je ne lisais jamais Charlie Hebdo. C’est peu de dire que les dessins de Siné n’étaient pas ma tasse de thé. Je n’apprécie pas son humour gaulois que je trouve vulgaire ni d’ailleurs sa haine des religions et son mépris des croyants. Mais, lorsque mon fils Dror, comme lui passionné de jazz, me l’a présenté, lors d’une visite que Siné rendait à sa filleule en Palestine, j’ai découvert un homme qui n’avait rien à voir avec ses dessins.
Et lorsqu’il a été accusé d’antisémitisme, je suis monté au créneau inconditionnellement. Soixante ans après Auschwitz, il y a peu de calomnies qui soient aussi graves. L’instrumentalisation de cette accusation infâme par les «amis d’Israël» et autres néoconservateurs est une des grandes saloperies du début du 21e siècle.
Vous dénoncez une «augmentation exponentielle du racisme en Israël ces cinq dernières années». Les victimes sont-elles devenues bourreaux?
Quelque 300 rabbins israéliens ont récemment fait scandale en publiant une lettre dans laquelle ils appelaient à interdire la vente ou la location de maisons à des non-juifs, visant ainsi la minorité arabe en Israël. Ce qui était, il y a encore peu de temps, totalement politiquement incorrect s’impose désormais comme la parole publique…
Le mois dernier, à Safed, des femmes de rabbins ont signé un manifeste anti-arabe appelant les Juives d’Israël à éviter toute forme de relations avec les Arabes… Des colons organisent de véritables pogroms à Hébron, incendient voitures et maisons et tirent à balles réelles sur les habitants de la ville…
Reprise de la colonisation juive à Jérusalem-Est, démolition du symbolique hôtel Shepherd, répression accentuée contre les manifestants en Cisjordanie, initiatives parlementaires de plus en plus marquées par l’idéologie d’extrême droite… Certains éditorialistes n’hésitent pas en ce début d’année à dénoncer un «climat de maccarthysme» en Israël…
Par ailleurs, des psychosociologues israéliens parlent, chez nous, d’un vrai problème, une sorte de renversement des valeurs. C’est un peu comme si le discours dominant à l’adresse des Palestiniens était le suivant: si tu veux que l’on fasse la paix, il faut d’abord que tu me prouves que tu m’aimes… On retrouve même ce phénomène dans les relations de voisinage les plus banales entre Israéliens.
«Un peuple à la nuque raide», disait la Bible en parlant des Hébreux. Aujourd’hui, les descendants des Hébreux ont la nuque rasée des ganaches de toutes les guerres coloniales, et ce sont leurs victimes palestiniennes qui ont la nuque raide et la tête haute. Mais plus que jamais, ils ont besoin de notre solidarité, pour survivre et pour vivre libres.
Deux ans après l’Opération Plomb durci à Gaza, le blocus se poursuit. Que fait la «communauté internationale»?
Si les dirigeants du monde s’imaginent qu’en affamant les civils de Gaza, ils les pousseront à se débarrasser du gouvernement Hamas et à le remplacer par une direction plus servile, ils n’ont décidément rien appris de ce qu’est la détermination palestinienne. Le Hamas a été plébiscité dans presque toutes les grandes villes palestiniennes lors d’élections réalisées sous contrôle international. Sous la pression de l’Union européenne, il a quand même accepté d’être minoritaire dans un gouvernement d’union nationale afin d’éviter les sanctions. Mais les sanctions sont tombées tout de même…
Cette politique du deux poids deux mesures se trouve au cœur de la montée de l’intégrisme, à Gaza, comme ailleurs. On aurait tort de prendre à la légère la déception profonde des Palestiniens à l’égard de ce que l’on appelle la «communauté internationale». Quand le droit est à géométrie variable et que les institutions internationales perdent leur légitimité, on ouvre la porte au choc des civilisations et aux croisades du 21e siècle.
Pendant le siège de Gaza, la communauté internationale s’est conduite de façon honteuse, criminelle et complice des crimes israéliens. Les sociétés civiles ont au contraire démontré que les mots rage, empathie et solidarité ont gardé toute leur fraîcheur. Gaza est un camp de concentration… Le siège de Gaza est une violation de tout le droit international. Or, le droit international fut justement la réponse de l’Humanité à l’horreur du nazisme. Depuis 1967, le Parquet israélien balaie d’un revers de main les Conventions de Genève en affirmant qu’elles ne nous concernent pas. Pour moi, c’est comme cracher sur la tombe de nos grands-parents!
L’élection de Barak Obama a soulevé un vent d’enthousiasme quant à la capacité de l’Administration américaine d’agir dans le sens du règlement du conflit israélo-palestinien. Ces espoirs-là aussi n’ont-ils pas été cruellement déçus?
Le discours du Caire d’Obama a présenté une feuille de route vraiment différente de ce que Washington prêchait jusqu’alors. Il s’est démarqué de la pensée primitive du choc des civilisations. Il ramenait enfin la Palestine, occultée par le dossier irakien si cher à G. W. Bush et ses copains, au cœur des débats. Il mettait sur la table la question de la colonisation… L’élection de Barak Obama a d’abord fait paniquer Tel-Aviv. Elle sonnait le glas de la politique ultra-expansionniste des années Bush; véritable âge d’or du capitalisme colonial israélien.
On ne comprend rien à la traditionnelle alliance entre les Etats-Unis et Israël si on oublie la dimension économique et surtout idéologique…
Netanyahou, on peut presque dire qu’il a inventé le néoconservatisme! En Israël, l’idéologie néolibérale prédominante privatise même l’occupation des territoires! Ce qui avait été un des Etats sociaux les plus performants de la planète, avec une sécurité sociale et un système de santé publique proches de ceux du pays scandinaves, est devenu une jungle où les lois du marché sont les seules à fonctionner.
Après avoir paniqué, Netanyahou a tout bonnement fait passer un message très clair à Obama: une sorte de «Je t’emmerde !» sans appel… Et il a gagné!
Et que fait la gauche israélienne?
En Israël, tout peut arriver sauf une chose: le renouveau de la gauche et du centre-gauche! Les colons de Hébron, c’est l’aile dure de l’OAS, mais Ehoud Barak, quoi qu’il en pense, n’est pas de Gaulle, pas même Guy Mollet. Tout au plus un Ségolène Royal en treillis qui a réussi à faire du Parti travailliste – le parti de Ben Gourion, de Moshe Dayan et de Yitzhak Rabin, ce parti qui a été pendant des décennies d’Etat – un groupuscule sans signification.
Comme l’explique le journaliste Gidéon Levy du quotidien Haaretz, il est temps de reconnaître que le public israélien est majoritairement de droite et que celle-ci se trouve au pouvoir, à l’exception du gouvernement Rabin entre 1992 et 1995, depuis 30 ans. Une remarque importante: en Israël, gauche/droite signifie plus ou moins de compromis avec les Arabes et n’a rien à voir avec les questions économiques et sociales.
Le méga-mensonge de Camp David – ndlr: Ehoud Barak allié à Bill Clinton prétend avoir fait une «offre généreuse» que Yasser Arafat ne pouvait que refuser – a tué le mouvement de la paix et le Parti travailliste.
Où puisez-vous la force de vous battre, où trouvez-vous des raisons d’espérer?
Je ne peux hélas pas entrer à Gaza mais mon ami Stéphane Hessel m’a raconté énormément de choses qu’il a observées sur le terrain… Cela me fait penser au ghetto de Lodz… Malgré tout, la vie continue. La vitalité de Gaza, même exsangue, est aussi une forme et une leçon de résistance.
Je suis un randonneur et je prends souvent une métaphore de la marche en montagne pour illustrer la difficulté que nous rencontrons dans notre combat. Vous marchez pendant des heures et des heures; vous arrivez au bord de l’épuisement à un col mais il est impossible de le passer. C’est là qu’il faut faire marche arrière, marcher encore et encore pour trouver une autre route. C’est à ce moment précis que la désespérance guette avec le plus de force.
Certes, presque plus personne ne se bat en Israël pour maintenir des points de passage, pas seulement physiques mais aussi intellectuels et humains, avec la Palestine. Mais si on regarde à la loupe, on finit par trouver, notamment chez les plus jeunes, une vraie énergie de révolte. La génération de mes enfants, celle que l’on a appelée «Génération Seattle», me fait espérer et m’apprend énormément… Les «anarchistes contre le mur», ceux qui manifestent contre le mur mais aussi se battent pour les sans-papiers… On trouve une mosaïque d’actions qui représente un réseau virtuel.
Comment agir? La campagne «Boycott Desinvestissement Sanctions» (BDS) a-t-elle une chance d’aboutir?
Quand on fait de la diplomatie et que l’on veut négocier, il faut être deux. On a parfois passé beaucoup de temps pour convaincre les Palestiniens qu’il ne fallait pas utiliser la violence. Ils ont essayé de se servir du droit, de l’ONU, de la communauté internationale… et se sont retrouvés dans une impasse.
En 2005, une troisième voie a émergé en faveur d’une action non violente sur le long terme sous la forme d’une grande campagne de mobilisation des Etats et des opinions publiques. Cette campagne baptisée BDS pour Boycott Desinvestissement Sanctions annonce clairement ses objectifs.
Israël vit dans une totale impunité internationale! Quand on se conduit comme un Etat voyou, on doit être traité comme un Etat voyou. Les pseudo-intellectuels français comme Bernard Henri-Levy – qui tentent de faire croire que seul Israël serait la cible de campagnes de boycott – ont-ils oublié les sanctions prises à l’encontre de l’Afrique du Sud de l’apartheid, de la Grèce des colonels, du Portugal de Salazar, de l’Espagne de Franco… ou encore de la Serbie!
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Bouteille à la Mère April 2008
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CHRONIQUE ONUSIENNE May 2008
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Contre “l’info low-cost”, Vive la “Slow Info”! November 2010
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Philippe Etienne nommé DirCab de Bernard Kouchner? May 2007
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Owni, objet web non identifié: le «journalisme augmenté» décolle! December 2010
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Automne galactique pour ce site internet d’information français né en 2009. Owni.fr, média social européen consacré au «digital journalism » auréolé du prix Online Journalism Awards de « meilleur site en langue non-anglaise », a rencontré Julian Assange . Le fondateur de Wikileaks a même sollicité ces petits Frenchies pour sortir les carnets de guerre concernant l’Irak. Rencontre avec les capitaines de la soucoupe owni, pionniers d’un webjournalisme transversal et transnational .
PARIS/CLAUDINE GIROD
Article publié dans Le Courrier, quotidien indépendant de Genève dans l’édition du 18 décembre 2010
«Be calm». L’affichette trône en bonne place dans son bureau de la rue de Malte, dans le 11e arrondissement de Paris. Pas question pour Nicolas Voisin, jeune PDG de «22 mars Social Media Editor», société éditrice du site owni.fr, d’oublier qu’il faut garder la tête froide! «T’as vu les plans de nos nouveaux bureaux !», lance-t-il à Nicolas Kayser-Bril, le responsable du pôle datajournalisme, en lui tendant son I-phone. Déménagement imminent: les « owniens » sont déjà trop à l’étroit… « On grandit vite », glisse-t-il dans un sourire complice.
La vitesse de l’ascension de la galaxie owni pourrait donner le tournis à plus d’un. Mais ce jeune papa de 32 ans a déjà derrière lui une longue expérience d’entrepreneur au parcours atypique. Et il est bien entouré! Né en avril 2009, lors de la bataille contre la loi Hadopi, «Owni. Digital Journalism. Société, Pouvoirs et Cultures Numériques», réunit une vingtaine d’éditeurs et journalistes permanents – des salariés qui sont aussi des associés -, plus de 600 bloggeurs, des développeurs, des designers, des entrepreneurs, des étudiants et des chercheurs.
Un think tank à ciel ouvert
Ce média NEL (nés en ligne) par opposition aux MEL (mis en ligne, ou plutôt «morts en ligne», brocarde Nicolas Voisin pour dénoncer la pauvreté de la production multimédia des supports classiques) se vit aussi comme un «thinktank» à ciel ouvert. Si le modèle économique du site est à but non-lucratif, owni est financé par la société 22 mars qui édite des sites web et développe des interfaces.
« Le défi aujourd’hui consiste à faire une économie mixte profit-non profit. On a créé une entreprise viable économiquement qui est indépendante et peut donc financer son média: owni. Nous sommes des éditeurs de code pour nos clients, des éditeurs de textes pour nos internautes », résume le capitaine de la «soucoupe» à l’adresse du terrien. «Nous avons fait le choix de ne pas s’en remettre au consommateur final ni à l’annonceur: l’information de qualité est à ce prix !»
Nicolas Voisin, s’il a la tête dans les réseaux, a donc bien les pieds sur terre. Et la conviction d’un entrepreneur: la liberté médiatique passe par l’indépendance financière. Bien des aventures sur le web se sont cassé les dents sur la question des modèles de financement… Mais il défend surtout un credo: se différencier du maelstrom ambiant et pratiquer le «journalisme augmenté »: « Nous nous emparons de ce que les autres médias ne traitent pas ou mal ! ».
La bombe Wikileaks
En attendant une définition académique de ce concept, ce qui augmente, indéniablement, ce sont les stats! Sous l’effet de la bombe Wikileaks notamment, mais pas seulement. «Sur les 30 derniers jours, la fréquentation atteint 1,1 million de visiteurs selon les chiffres de google analytic», se félicite Nicolas Voisin.
L’audience, c’est fondamental mais cela ne nourrit pas son bloggeur! L’intérêt que porte désormais à owni de grands patrons tel Xavier Niel de l’opérateur Free – il a fait son entrée dans le capital – n’en est que mieux accueilli à la «soucoupe». Pas question pour autant de perdre le contrôle des événements. « Nous n’avons ouvert que 12,73% du capital à des industriels des médias qui viennent participer à l’aventure. », précise le capitaine.
Vient en effet de débuter l’acte 3 de cette quête d’un eldorado numérique avec une levée de fonds d’1,5 million d’euros. Objectif: élargir le champ d’action sur les 18 prochains mois en développant les tous nouveaux ownipolitics, ownisciences et ownimusic. Et «créer deux nouveaux postes de travail salariés tous les trimestres pendant les 18 prochains mois».
Un narguilé avec Assange
« Nous expérimentons le “Digital Journalism” (datajournalism & information en réseau) et cherchons à comprendre le monde qui nous entoure sous un regard critique, constructif et technophile. », plaide la charte d’owni. Une notion encore bien obscure pour le béotien du webjournalisme. «Il ne s’agit ni d’une révolution ni d’un nouveau journalisme mais d’une recherche et d’un traitement de l’information avec les outils d’aujourd’hui et pour les audiences actuelles», explique Alain Joannès, auteur d’un ouvrage sur le sujet.
Le responsable du pôle datajournalisme à Owni.fr, jeune homme discret au regard sérieux, a certes fumé un narguilé avec Assange dans un bar londonien mais préfère prêcher le « crowdsourcing», c’est-à-dire la conduite d’enquêtes par réseaux sociaux, véritable clé de voûte du journalisme augmenté. «Le journalisme citoyen sans professionnel a vécu. Il s’agit désormais de mettre à contribution la communauté pour faire quelque chose de réel dans un contexte de liquéfaction de la société.», explique Nicolas Kayser-Bril. C’est ainsi qu’owni a fait appel aux internautes lors des élections européennes afin de mettre en ligne la liste complète des bureaux de vote que le Ministère de l’Intérieur se disait incapable de fournir pour des raisons techniques…
Accès aux sources, complémentarité des compétences, sécurisation des données sont au cœur des convictions du responsable du pôle datajournalisme. «Si Julien Assange nous a contactés, c’est parce qu’après la sortie des Warlogs –ndlr : les documents de Wikileaks sur la guerre – d’Afghanistan, nous avons développé une interface technologique d’intelligence qui donne accès à 6 ans de guerre au travers de 75 000 documents afin de faire des Warlogs une enquête collaborative européenne. Un système de notation par les internautes permet de faire remonter les informations les plus intéressantes. Mais il faut bien sûr que les journalistes s’emparent des infos! »
Les Quatrièmes Assises internationales du Journalisme à Strasbourg sonnent le tocsin pour le réveil d’une presse de qualité*.
Strasbourg/Claudine Girod
« Le tout-info tue l’info! On ne peut cautionner cette véritable hystérie à faire consommer de l’information en permanence et en continu ». Pour Philippe Lefait, animateur des Mots de Minuit sur France2, « il est grand temps, sinon de réinventer le journalisme, du moins de retrouver ses fondamentaux ».
Modérateur de l’un des débats phare des quatrièmes Assises Internationales du Journalisme – qui se sont tenues à Strasbourg du 16 au 18 novembre – le journaliste culturel rappelle le constat qui préside à la crise de légitimité des médias: « Nous sommes dans une phase critique. Auparavant, des citoyens étaient interpellés par des journalistes. Désormais, nous avons affaire à un public consommateur et un journaliste vendeur! » En écho à ses propos, « Du bruit ou de l’info », le slogan choc des Assises Internationales du Journalisme 2010.
Credo de cette quatrième édition, portée par l’association Journalisme et citoyenneté: « Permettre aux acteurs de l’information et aux publics de se rassembler autour de la problématique de la qualité de l’information. Un peu sur le modèle des entretiens de Bichat pour la médecine». Son président Jérôme Bouvier interroge, à peine provocateur: « Et si dans dix ans, la profession avait tout bonnement disparu?! Le risque n’est pas si mince… Le journalisme aujourd’hui, est-ce courir plus vite que son voisin?! Ce vertige de l’immédiateté ruine notre profession. Le journalisme est un métier qui nécessite du temps; il faut le réaffirmer ».
Et si on levait le pied? Voici justement le programme développé par des Allemands, artisans du concept de slow media ou « médias lents », dans un manifeste publié en janvier de cette année. « Les mass médias ne peuvent aller plus loin dans leur logique. Des machines sont déjà capables de produire des articles qui ne coûtent pas cher. Le journaliste ne peut pas faire concurrence à l’algorithme! », commente une adepte du mouvement Slow media outre-Rhin, Sabria David de Text-Raum .
Tout comme le «slow food », les «slow media» n’ont rien à voir avec la consommation rapide, ils se veulent du côté du choix réfléchi des ingrédients et de la préparation concentrée. Ils entendent rendre la qualité palpable et encourager les «prosommateurs», c’est-à-dire «les personnes qui déterminent activement ce qu’ils veulent produire et consommer, et comment ». « Les slow media cherchent la confiance et ont besoin de temps pour devenir crédible. Derrière les slow media il y a des hommes. Et cela se ressent. », défend encore le manifeste.
La revue XXI, lancée en 2008, répond à ces critères. Vierge de toute publicité, sous-titré « L’information grand format », cet « Objet Journalistique Non Identifié qui mérite tous les éloges » – dixit Philippe Labro – est consacré aux grands reportages (textes, dessins, photos mais aussi bandes dessinées). XXI est disponible en librairie ou par abonnement au prix de 15€. « Le meilleur du journalisme, le meilleur de l’édition », telle est l’ambition de ses créateurs. Et ça marche! Pas moins de 52 000 exemplaires vendus, des courbes de diffusion à faire pâlir d’envie les magnats de la presse … Et des comptes à l’équilibre alors que la revue vient tout juste de sortir son neuvième numéro!
«Nos seules ressources proviennent des ventes. C’est extrêmement important car cela suppose d’avoir constamment à l’esprit que l’on écrit pour quelqu’un. Ce quelqu’un s’appelle un lecteur, et non une cible! », explique le grand reporter Patrick de Saint-Exupéry, devenu directeur de la publication et co-fondateur de XXI avec Laurent Beccaria, patron des éditions Les Arènes. L’évolution sémantique des dernières années révèle le malaise d’une profession qui s’est fourvoyée, insiste-t-il. « On ne parle plus d’un titre mais d’une marque! La presse était un artisanat, elle est devenue une industrie quasi mécanique. Quant aux journalistes, on les cantonne au rôle de techniciens de l’information alors que leur légitimité naît de leur fonction première: rendre compte ».
Patrick de Saint-Exupéry, pionnier dans l’âme comme son illustre parent, l’affirme: «C’est la fin d’une époque: le modèle des mass médias du XXe siècle a vécu. Nous payons aujourd’hui les non-choix des patrons de presse pendant les années 2000. Ils ont creusé leur propre tombe par leur suivisme, leur fascination pour le marketing et l’audimat, le formatage».
*Article publié dans le quotidien indépendant de Genève Le Courrier
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CHRONIQUE ONUSIENNE éditée dans la Lettre Hebdomadaire du Journal de Genève & Gazette de Lausanne www.jdg.ch
La grippe aviaire s’arrêterait-elle aux frontières de la Chine ?
Claudine Girod/Palais des Nations
L’Assemblée mondiale de la Santé s’est terminée samedi 24 mai 2008 à Genève. Sur quel bilan, telle est la question que l’on devrait se poser. Face aux menaces qui pèsent partout sur la santé, face à la remise en question du droit aux soins de qualité – en témoigne la votation du 1er juin dans notre bonne Helvétie… à laquelle le peuple suisse devrait heureusement répondre par un refus massif Le libre choix de son médecin ne relève-t-il pas pourtant de la première des libertés individuelles ? Parfois pour certains, c’est même une question de vie ou de mort.
Face au business de la santé, le quidam reste bien souvent hélas cantonné au rôle de victime des pratiques du lobby médico-pharmaceutique. Une réunion qui rassemble des délégués du monde entier pour se pencher sur les défis à relever en matière de santé publique, voici une démarche que l’on ne peut qu’applaudir. Seul petit hic : l’ostracisme que la communauté internationale applique à Formose depuis des décennies. Comme si la grippe aviaire et les autres virus s’arrêtaient aux frontières de la Chine continentale. Les émissaires de Taipei ont beau chaque année s’évertuer à attirer l’attention sur les conséquences de cette situation pour la santé mondiale, l’OMS – dirigée par une Chinoise, la Dr Margaret Chan, refuse toute entrée en matière sur une quelconque révision du statut de l’île.
La lettre du Président taïwanais Shen, le 11 avril 2007, n’y a rien changé. La doctrine onusienne ne souffre pas la remise en cause d’un monde hérité du 20e siècle qui, pourtant, appartient désormais au passé. Une seule Chine, point barre. A l’ONU, on ne parle pas du dossier taïwanais ; et ce, encore moins aux bloggers de service, perçus comme des menaces au sein du cénacle du siège européen des Nations Unies . Alors, voilà, reste à espérer que le virus H5N1 et ses acolytes aient la bonne idée de ne pas traverser la mer de Chine pour conquérir la Chine continentale et, depuis là, l’ensemble de l’Asie.
Certes, les Nations Unies pourront arguer du fait qu’existe une collaboration entre experts taïwanais de la santé et spécialistes de l’OMS. Il n’en demeure pas moins que, sur ce dossier ultrasensible, l’ONU fait preuve là aussi d’un déni de réalité géopolitique.
Deux ans après le châtiment collectif imposé par Tsahal au Pays du Cèdre, le Liban semble à nouveau sur le point de sombrer dans la guerre civile. Au point que les diplomaties arabes réunies à Doha s’évertuent à trouver une issue à une crise sans qu’aucune lueur d’espoir ne vienne jusqu’ici éclaircir l’horizon levantin.
Si le Hezbollah a tenu tête à l’une des plus grandes armées du monde, comment ne pas comprendre qu’il dispose bien d’un réel soutien et d’une popularité croissante au sein de la population libanaise comme syrienne. Comment ne pas craindre que la paix armée arrachée de haute lutte l’été 2006 ne dégénère en conflit direct. Plusieurs signes le laissent hélas augurer.
Les Nations Unies, toujours en première ligne sur un terrain miné, ont ici aussi les mains liées et restent cantonnées à un rôle d’observateur. La diplomatie française, autrefois décisive dans la région, ne brille guère par son discernement. Même si, après avoir bêtement, rompu ses relations diplomatiques avec Damas, Paris les a renouées dernièrement. La récente visite de G. W. Bush en Egypte ne montre aucun signe d’un quelconque infléchissement de la politique internationale menée par Washington.
Faut-il enfin désespérer des Libanais, plus divisés que jamais? La Suisse du Proche-Orient n’est plus que l’ombre d’elle-même… Toujours sans présidence, un gouvernement paralysé depuis plusieurs mois, des côtes polluées, le Sud miné du pays miné par des tonnes de bombes à sous-munitions déversées pendant les derniers jours de la guerre de 2006, ravagé par plus de trente de guerre – larvée ou ouverte -, coincé géopolitiquement entre Damas et Téhéran…
Un basculement dans le camp démocrate de l’autre côté de l’Atlantique n’infléchirait hélas en rien la position américaine sur ces dossiers. Et sans le soutien de Washington, tout commencement de progrès dans la région est voué à l’échec. Le mandat de la FINUL 2 reste impossible à tenir… Le Hezbollah n’est pas disposé à accepter d’être désarmé sans contre partie; on peut le comprendre.
Last but not least, le dossier palestinien dont dépend tout l’équilibre de la région, reste abandonné aux calendes grecques. Le Quartet est devenu aphone ; on abandonne Gaza, véritable prison à ciel ouvert, faut-il encore le rappeler…
On refuse de parler au Hamas– pourtant démocratiquement élu sous contrôle international… et ce faisant, on prend le grand risque de provoquer un enracinement de l’intégrisme islamiste et de faire des Territoires occupés un « Gazastan » où les filiales d’Al Qaida auront – si ce n’est déjà fait – toute latitude pour tirer profit des échecs de « l’impérialisme américain ».
On ne fait pourtant la paix qu’avec ses ennemis… Israël – qui fête son 60e anniversaire – veut-il encore vraiment la paix ou, deux ans après avoir été tenu en échec par une poIgnée de combattants du Hezbollah, continue-t-il de s’enfoncer dans un déni de réalité géopolitique. Le Hezbollah est-il vraiment le problème ou bien n’est-il que de la poudre aux yeux jetéE à l’opinion par une Administration Bush dont l’incompétence au Moyen-Orient est manifeste.
Claudine Girod/Palais des Nations
Reportage photos sur www.citizenclo.wordpress.com